Naoko Yamada directing Deafness

Naoko Yamada a une façon de réaliser ses séries et, surtout, ses films d’une manière assez unique dans le milieu de l’animation Japonaise grâce, entre autres, à son attachement aux détails de la vie rendant son style très proche des films dit « live ». Mais je ne vais pas vous parler de ça, car d’autre l’ont déjà fait et l’ont certainement mieux fait que ne le ferais.

En revoyant le film, dans une salle presque complète, j’ai noté quelques séquences où Naoko Yamada a su faire ressentir au spectateur ce que ressent une personne sourde de manière sensorielle.

  • Qui est donc cette réalisatrice ?

Naoko Yamada a toujours été attirée par les l’industrie du cinéma mais s’est finalement tournée vers l’animation en rejoignant le maintenant célèbre studio Kyoto Animation (Clannad, Violet Evergarden,…). Elle y grimpe rapidement les échelons et arrive à la réalisation en 2009, à seulement 25 ans, avec la première saison de K-On! qui impose déjà un style unique qui va ensuite se développer dans la seconde saison puis se concrétiser dans K-On! Le Film. Elle réalise ensuite la série Tamako Market et, surtout, sa suite : Tamako Love Story. Un film qu’elle voulait comme une « Entrée vers un nouvel univers » et qui l’a été à la fois pour le personnage mais aussi pour elle car par la suite on lui confie l’adaptation qui lui donnera sa renommée à l’internationale : Silent Voice.


SILENT VOICE


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« Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Quand elle se retrouve transférée dans une nouvelle école, elle cherche à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida. Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où cela provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui brimaient eux aussi la jeune fille, se retournent contre lui et le désigner comme seul responsable. »

Comme dit précédemment, Naoko Yamada attache beaucoup d’importance aux détails de la vie et aux expressions du corps notamment avec ses fameux « Leg shot » car, selon elle, les jambes et le corps sont souvent plus révélateurs des sentiments d’une personne que le visage. Et c’est son attachement à ce genre de détails qui rendent Silent Voice si bon car c’est une histoire entièrement tournée autour de la communication.

Mais ce qui m’intéresse ici c’est comment Naoko Yamada a réussi à montrer visuellement la surdité et comment les autres sens doivent compléter celui-ci qui est manquant. Pour rappel, l’être humain dispose de 5 sens* :

  • La Vue
  • L’Ouïe
  • L’Odorat
  • Le Goût
  • Le Toucher

La perte de l’un d’eux peut être causée par des blessures physique ou bien des maladies. Pour remédier à ça, le corps adapte les sens restants pour compenser ce manque et plus majoritairement quand c’est une perte de la vue, de l’ouïe ou du toucher qui sont les sens les plus essentiels. Mais, jusque là, je ne vous apprends rien.

Pour vous montrer la vision de la surdité de Naoko Yamada je vais m’appuyer sur une séquence du film : la scène où Shoya retourne voir Shoko pour lui rendre son cahier. Voilà lé séquence dans son intégralité :


LA VUE


  • Si dessus, l’extrait recoupé pour simplifier l’analyse.

Ici Shoko prend la fuite après que Shoya ait débuté la conversation. Arrivée en bas de l’escalier on remarque qu’elle se retourne pour voir si Shoya tente de la rattraper et une fois qu’elle l’aperçoit elle continue sa fuite.

C’est le temps d’arrêt qui est intéressant car, étant sourde, Shoko ne dispose pas des informations sonores que le spectateur a et doit obligatoirement marquer cette pause pour vérifier, par la vue, si elle est suivie. C’est d’ailleurs l’arrivée de Shoya dans son champ de vision qui lui fait prendre ses jambes à son coup alors qu’on l’entend très bien la suivre et l’appeler. Cet extrait est d’ailleurs totalement différent quand on le regarde sans le son, ce que je vous invite à faire, car ça permet de se mettre dans la même position que la jeune fille et le raccord entre l’apparition de Shoya et la fuite est d’autant plus flagrant.


LE TOUCHER


  • Si dessus, l’extrait recoupé pour simplifier l’analyse.

La fuite de Shoko continue et elle tente de se faire toute petite pour ne pas avoir à faire face à Shoya, ce qui ne fonctionne pas (on se demande bien pourquoi).

Mais le plus important ici est la rambarde que tient Shoko pendant la majorité de la scène. Dès l’instant où Shoya l’attrape à son tour, il y a un magnifique raccord sur la main de Shoko qui montre que l’information est, cette fois, passée par le toucher. Ce jeu de montage est puissant pour le spectateur car il est accompagné du son de la barre de métal mais si on regarde, une fois encore, cet extrait sans le son alors le changement instantané de plan est encore plus frappant.

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J’avais un professeur qui expliquait que pour savoir si un film avait une excellente réalisation il fallait le regarder sans le son et, si on le comprenait malgré l’absence, c’était que les images transcendaient le dialogue. Et c’est du coup plus que valable pour Naoko Yamada qui, grâce à son soin pour le détail, arrive à nous communiquer toutes sortes d’informations par les outils qu’elle a à sa disposition : l’image, le montage, le son,…


L’OUÏE


La fameuse scène du feu d’artifice presque dans son intégrale est elle aussi très intéressante et arrive à faire ressentir le son. Le plus simple serait de parler du magnifique plan où Shoko est seule, avec absolument aucun bruits ce qui l’isole de la fête mais en plus de ça le cadre lui même l’en éloigne avec un puissant vide tout autour d’elle.

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Il faut aussi savoir qu’un son, c’est de l’air qui vibre. Et ça, Naoko Yamada l’a parfaitement compris et elle a choisi la scène du feu d’artifice pour le montrer. Rappelez-vous, la dernière fois que vous êtes aller voir un feu d’artifice, vous aussi vous avez ressenti ces vibrations ! Et c’est cette forme du son qu’elle nous transmet ici. Dans un premier temps de manière visuel avec le thé qui tremble dans sa tasse mais aussi via le son en lui même. C’est quelque chose qui est impossible de ressentir avec un casque ou sur un téléviseur : c’est possible uniquement au cinéma. Car l’équipement d’une salle de cinéma qui peut reproduit ces vibrations et c’est ce Shoko explique à Shoya pendant le feu d’artifice, bien que ce dernier ne fait qu’acquiescer et ne traduit pas directement, on comprend qu’elle explique que c’est un des rares moment où elle peut ressentir le son comme n’importe qui.

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j’espère avoir réussi à partager avec vous mon ressenti sur la réalisation de ce film et sur le magnifique travail de Naoko Yamada pour cette adaptation. Je vous encourage par ailleurs à aller le voir temps qu’il est disponible au cinéma et même à le revoir si vous l’avez déjà vu par des moyens plus ou moins légaux. Et si vous lisez cet article plus tard le film est certainement sortie en Bluray et DVD grâce à Kazé. Vous pouvez aussi retrouver le manga orignal en librairie chez Ki-oon.

Si vous voulez en savoir plus sur Naoko Yamada je vous renvoie vers quelques vidéos et un article qui vous aiderons à mieux comprendre son style de réalisation :


* Sauf les Chevaliers du Zodiac qui en ont 7.

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Une réflexion sur “Naoko Yamada directing Deafness

  1. Ping : Vaikarona | Guide Touristique : Silent Voice à travers les médias

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